Elle a le naturel du bonheur, le sourire radieux qui réveille les joies les plus simples, même quand elles sont rares. Je la croyais tyran de la tristesse, elle est maîtresse de ma mélancolie. Cette femme ne possède ni le secret de la plénitude, ni l'envie de le découvrir. Elle vit pour ce qui est et ce qui influe sur elle ; elle grignote petit à petit le gâteaux moelleux qu'est son existence. Parfois elle tombe sur une pépite de chocolat un de ces morceaux croquants, surprenants au contact de la dent, qui finissent par fondre et envahir le palais de leur saveur exquise, de leur douceur envoûtante.
De sa bouche gourmande, aux lèvres fines, petites, mais pleines de caractère, émane toute cette insouciance, cette beauté de vivre, par une voix gentiment enfantine qui nous introduit dans un monde à part. Un monde plus bleu, tout ensoleillé, où les demeures ne sont que des châteaux, où les histoires de passion, d'amour débordent de ces toits, où les conflits sont nains, tandis que l'harmonie explose. Les forêts dominent, la nature est reine, la fadeur des immeubles est une notion inconnue. Les gens rient, ne pleurent que de joie, et sont comme nous aurions dû être : heureux. Lorsque l'on écoute ce que le mouvement hypnotisant de ces lèvres et de cette langue charnue a à nous dire, on voyage dans ce monde. Quand on les embrasse, on le détient. On en devient, en quelques sortes, le Dieu vivant.